Lacrimosa

Le soleil disparaissait derrières les toits parisiens laissant de faibles rougeoiements se reflétant entre les épars nuages. Quelques rayons filtrait à travers la fenêtre pour éclairer faiblement le bureau qui était composé d'une frêle planche de bois posée sur deux tréteaux. À droite de celui-ci il y avait un lavabo, dans l'angle opposé un canapé et une petite table prenait la place entre les étagères sur le coté opposé. Sur les étagères, des livres, des figurines, des cours et quelques peluches. La pièce était éclairé par quatre bougies qui était déjà bien consommées. Au dessus du bureau était suspendu au mur une antique pendule. Une série de courte lettres manuscrites reposait sur la planche. Elles avaient été progressivement écrites ces derniers jours et attendaient patiemment.

Sur la petite table, aligné méticuleusement, résidait des cachet et des tubes de médicament, certains déjà réduit en poudre. P... mélangea machinalement la poudre dans de la vodka et bût. Pendant les vingt minutes qui suivirent il avala un à un chacun des cachets. Une fois fini, il s'adossa au canapé regardant les aiguilles la pendule se déplacer. Les secondes se transformant en minutes. Les minutes en heures. La flamme des bougies oscillant et l'obscurité venant.

Il fini par s'assoir à son bureau et cacheta chacune des lettres avec la cire brulante d'une des bougies. Ne s'attardant que sur deux d'entres elles. La première lui était adressé. Une feuille blanche. Le reflet du vide. Le miroir de ces sensations qui le démangeait. Quand il regardait cette frêle feuille de papier il voyait la futilité de sa vie. L'inutilité d'exister. La deuxième était adressé à l'humanité. Il n'y avait ni colère ni reproche, seulement des constations. Tout était faux. Factice. Maquillé. C'était une mascarade. Il souhaitait bonne chance à ceux qui n'avait pas le courage de partir.

Alors qu'il appliquait le dernier sceau de cire, il fut prit d'un vertige. Il tenta de se retenir, mais son bras bougea trop lentement et il s'effondra sur le sol. Son corps lui semblait lent et étranger. Après plusieurs efforts il parvint à se mettre sur le canapé. Son regard se porta sur la pièce. La bougie qu'il avait utilisé pour faire les cachets s'était éteinte.

Une voie forte et impérieuse retenti dans la pièce.
- "P... !"
Ne comprenant pas d'où pouvait venir la voix, il en chercha l'origine autour. Une de ses figurines s'était mis à lui parler. Ses traits simpliste s'animant tel un personnage dans un film d'animation.
- "Pourquoi ? Pourquoi as-tu commis un meurtre ?"
Il essaya de répondre. Seul des sons incohérents sortir de sa bouche mais son interlocuteur parut le comprendre. Lisait il dans sa tête ?
- "Un meurtre ? Je n'ai pourtant tué personne."
- "Tu viens d'en commettre un. Tu t'es tué."
- "Je me suicide, je n'ai pas commis un meurtre."
- "Simple question de sémantique. Tu t'es agressé. Tu as commis un meurtre. Que tu sois ta propre victime n'a que peu d'importance. Pourquoi ? Pourquoi l'as tu fais ?"
- "Je n'avais pas le choix. Je n'ai pas fais le choix. C'était une obsession. La seule pensée qui me traversait était de me mettre à mort. Chaque instant ma conscience me propose des solutions. De toute manière qu'est ce que j'apporte ? Je suis inutile. Un pion parmi le reste. Je n'apporte rien. Rien. Je suis une coquille vide. Tout ce que je fais conduit à l'échec."
- "Tout ceci est faux. Ce n'est qu'une illusion que tu as produit."
- "De plus, je suis dans cet état alors que je n'ai rien qui devrait le causer. Bonne famille, diplôme, argent, rien ne me manque."
- "Tu sais très bien ce qu'il te manque. Tu ne survis pas seul. Tu ne vis pas seul. Tu est mort seul. Mort comme les feuilles sur le sol en automne. Ceci n'est qu'une illusion. Ta conscience te joue des tours."
- "Je suis moi même. Comment puis je lutter contre moi même ? Je n'ai pas fais le choix. Je ne le fais pas. C'est mon unique chemin. Mon chemin vers la libération. La mort."
- "Tu ne voulais pas affronter la vie ?"
- "Affronter la vie ? L'intérêt même de la vie m'échappe. Pourquoi est-ce que je devrais participer à cette bataille ? Je n'ai que faire de me justifier. Si tu veux jouer sur les mots, soit. Je me suis mis à mort. Je me suis exécuté. Le seul coupable est moi même. Monsieur le juge, le verdict est donc prononcé. La sentence ? La peine de mort. Ça tombe bien, je suis déjà mort."
La deuxième bougie s'éteignit et la figurine se tut.

Le silence était obsédant. Pas un bruit ne provenait de la rue ou des appartements voisins. Il ferma les yeux et essayant de profiter du peu de temps qu'il lui restait il chercha un des moments les plus intense dans sa vie. Le moment où il avait entendu le Requiem de Mozart lui revint. Cette musique majestueuse, tellement merveilleuse qu'elle ne pouvait être que d'inspiration divine. Sa partie préféré, le Lacrimosa, les larmes venaient naturellement aux yeux après avoir entendu ce passage. Les merveilleuses voix contrastant les unes avec les autres. Les violons stridents amenant une profonde tristesse. Un instant parfait. Une des rares fois il avait apprécié la vie. La musique dans sa tête contrastant avec le silence dans la pièce. Le Requiem se termina et la troisième bougie s'éteignit.

Le temps semblait figé. Impossible de distinguer quoi que ce soit, tout était devenu flou. L'objet flou qu'était la pendule était immobile. Son corps refusait de bouger. De répondre. D'esquisser le moindre geste. Sa respiration se faisait de plus en plus faible. La grande faucheuse regardait les derniers instants de P... avant de le cueillir. Si jeune mais pourtant si las et usé. La dernière bougie brillait faiblement. Dernière lueur dans le noir de la nuit. P... la souffla.