Abime

Ce texte est une fiction et la première personne du singulier est utilisée pour mieux immerger le lecteur dans l'histoire. Toute ressemblance avec la réalité est fortuite.

Le réveil sonne. Il hurle même. Depuis plusieurs heures. J'entrouvre les yeux. Le désactive. Une journée de plus que je ne veux pas vivre, que je ne veux pas subir. Je refuse de sortir de sous la couette. J'en pleure presque. Je ne veux pas vivre cette journée. Je ne veux pas sortir de mon lit. Je reste, inerte, dans mon lit. La tête vide, refusant de bouger.

La crise passe, lentement. Machinalement, j'enfile des bouts de tissus propres, mets mon casque audio. Le son à fond, je prend la direction de la gare. Les rimes, le beat, les basses du son me font planer, rêver, oublier mon existence. Je m'abreuve et me plonge dans cet univers que décrit chacun des artistes qui défilent dans ma playlist. Le train, je le rate. Il me passe sous le nez. S'en allant sans moi. Une heure à attendre sur un banc à ressasser mes pensés. Quand je marche, je ne pense pas, assis oui. Je ne veux rien faire. Ni écrire, ni lire, ni écouter. Rien. Dans ma tête, un tourbillons d'angoisse et d'idées noires. Revenant souvent, la question sur qu'est ce que la vie ? Son intérêt ? À quoi bon toute cette mascarade ? Des gens arrivent. Je me demande toujours ce qui, eux, leur fait tenir, résister aux pulsions. La signalisation s'allume. Le train arrive sur ses roues en acier si impressionnantes. Elles me fascinent. Combien de fois me suis-je imaginé sous ces roues, déchiqueté et coupé ?

Dans le train j'observe toujours les gens. Je me demande ce qui m'empêche de frapper sans raisons le premiers venu. Le prochain inconnu. Il n'y a pas de limite, au final. La société est une suite d'accord tacite imaginaire ou dicté que l'on observe inconsciemment. Rien ne m'empêche de frapper, jusqu'à la mort même, n'importe qui. Personne ne réagirait. Les gens sont endormis dans leur monde jusqu'à ne plus voir la réalité. Pour ne plus y penser, je regarde dehors. Je regarde le paysage défiler. Je pense à une citation que j'aime bien. Nous avons beau prendre le même chemins tous les jours, celui ci semble différent à chaque fois. Est-ce une bonne raison de vivre ? -- Cairn J'aime cette citation. Elle vient d'un beau film. Je sais qu'il y a de belles choses. Seulement, là, elles ne m'atteignent pas. Elles sont mornes. Grises. Les couleurs sont parties. Les idées noires reviennent. Elles me rappellent que je suis inutile. Que je ne suis rien. Il y a une telle inertie que je ne peux rien faire. De l'extérieur je suis un légume. De l'intérieur, une tornade force cinq détruit tout et refuse de partir.

J'arrive dans le métro. Il est blindé. Cette fois ci je me demande ce qui m'empêche de tout faire sauter. De faire exploser une bombe. Au moins je crierais mon existence en me libérant de ce corps. Seulement les gens ne comprendrait pas. Ils trouveraient des raisons alors que je veux juste me faire sauter, emmener des gens avec moi. Les arracher à cette vie monotone et lassante. Les libérer. Cette vie qui ne sert à rien. Pourquoi suis-je si serré ? J'oscille lentement. À qui j'attribue mon état ? Généralement à moi même, mais des fois ça ressort ignoblement et c'est la société qui prend la charge. C'est comme un barrage qui se remplis et pour survivre déverse d'urgence une partie de ce qui est retenu. Pousser quelqu'un devant un train ? Pourquoi pas ? Qu'est ce qui m'en empêche ? Toujours la même question ? Ça ne changera, au final, pas grand chose.`Ceci étant, ce serait banal. Pas assez spectaculaire. Soit je meurs seul, soit j'emporte du monde. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je ne peux le dire. J'ai beau chercher, je ne sais pas. Je ne sais rien. Je ne comprend rien. Je ne suis rien.

Je sors du métro, de cet enfer. L'angoisse redescend, moins de gens, je souffle, l'air froid me pique. Je suis près de mon travail. J'enfile mon masque de bonheur. Il n'est pas question que les gens voient ce qu'il y a à l'intérieur. Ils auraient peur. C'est tabou. Cette une maladie tabou que tout le monde fuient. Une putain de maladie qui ne veut pas partir. Devant mon écran, je me plonge dans ces lignes de codes et m'immerge dans ces structures de données. Je m'oublie. La musique toujours à fond. J'affiche toujours un sourire, j'aide les gens, je les soutiens aussi, je leur donne des conseils. Des conseils que je n'arrive pas à m'appliquer à moi même. Je me déteste pour ma faiblesse. Je prend tout sur moi.

Sur les chemins de retour, les mêmes idées. Toujours. La même routine. Quoi que je fasse, rien ne change. Les pulsions oscillent. Les pics étant toujours à l'écart des gens, dans la solitude. Ce sont des pulsions. Les mêmes pulsions qui font qu'un affamé cherche désespérément à se nourrir. Des pulsions, des impulsions. Elles ne sont pas enfermées, elles passent librement dans ma tête. Pourquoi les refouler ? Ce sera pire. Elles reviendraient beaucoup plus forte. Je vous avoue, j'ai peur. Quand je suis "normal" tout cela me fait peur. Peur pour moi, peur pour les autres. Mais je n'y peux rien. C'est un boulet que je traine depuis trop longtemps pour qu'il reparte. C'est facile de gérer pour quelque jours. Mais quand les idées sont là depuis des années et les pulsions depuis des mois c'est extrêmement dur d'en ressortir. Il n'y a pas d'origine. Pas un truc déclencheur. Je ne sais pas quand cela à commencé. Je sais juste que je suis différent et que vous, malgré avoir lut ce billet, ne comprendrez sûrement rien. C'est comme une addiction, tant que l'on est pas tombé dans une, on ne peut pas comprendre ce que c'est. Nous réfléchissons différemment. Quelque chose est cassé dans notre tête. Quelque chose qui considère que la vie est importante. Ma vie n'a aucune importance et celle des autres encore moins sauf certains proches. Il y a une seule chose qui me retient de pousser quelqu'un, m'y jeter moi même, faire sauter une bombe. Le combat entre mes pulsions et ma volonté.

Le soir venu, dans mon lit, je regarde les heures défilé lentement en attendant le sommeil. Lui fait la grève. Depuis plusieurs mois. J'attends. J'attends depuis longtemps, trop longtemps. J'attends quelque chose. Quelque chose qui me fera sortir de cette monotonie. Hypnos fini par m'emporter pour quelques fébriles heures.

Le réveil sonne. Il hurle même. Depuis plusieurs heures. ...