Ironie
Laissez-moi vous raconter une histoire qui s'est déroulée il n'y a pas si longtemps que cela dans une foret de notre beau pays français. Cette foret, dont nous tairons le nom, était bien vielle et de nombreuses légendes lui étaient associées. L'une racontait qu'un monstre y habitait et interdisait à quiconque dy 'entrer sous peine d'être promptement égorgé. Seules quelques personnes avaient pu le voir sans mourir et en avaient fait une description qui, quoique sûrement exagérée, ne lui faisait pas d'éloge. Il devait mesurer approximativement deux mètres, avait une forme humaine, avait des griffes de dix bon centimètres, était recouvert de poils, portait pour seul vêtement un pagne et certains disaient même qu'il était difforme. Les vols ou pertes d'animaux lui était systématiquement imputés car étant un monstre il fallait bien qu'il massacre les animaux.
Cernant cette maudite foret, il existait plusieurs villages. dont un nous intéresse particulièrement. C'était un village de taille respectable et qui avait même son propre moulin. La limite du bois était atteignable en quinze minutes de marche mais l'on ne pouvait l'explorer facilement car il était très dense. L'ensemble de la foret et des villages se trouvaient dans une vallée qui souvent, tôt le matin, retenait une épaisse brume froide qui se dégageait doucement se laissant percer de multiple rayons de soleil.
C'était un de ces matins de début de printemps quand une jeune fille habillée d'une robe blanche se baladait à l'orée du bois. Une sombre figure observait les prés alentours. Il remarqua la fille et émis un grognement à l'attention de celle-ci. La jeune fille, dénommé Rose, s'arrêta et regarda le monstre. Ils se dévisagèrent pendant un moment puis il s'approchât doucement pour finir par être en face d'elle.
Le monstre fit un bruit étrange qui semblait vouloir dire quelque chose. Il essayait d'articuler des paroles. La langue qu'il parvint à prononcer était un semblant de français avec beaucoup de mot latin. C'était un mélange tellement horrible qu'il en est impossible de retranscrire la forme et la seule raison pour laquelle Rose le comprenait était parce qu'elle avait une maîtrise de la langue latine.
- Tu n'as pas eu peur de moi ?
- Pourquoi est-ce que je devrais avoir peur de toi ?
- Je suis un monstre. La légende de la foret. Je tue tout ce que je vois.
- Pourquoi ne suis-je donc pas morte ?
Le monstre la regarda d'un air étrange puis demanda.
- Pourquoi tu ne t'es pas enfuis ?
- Si tu es celui de la légende tu m'aurais de toute manière égorgé. Je préfère voir la mort de près si elle vient.
Il resta muet, se retourna et rentra dans les profondeurs de la foret. Rose revint au village et se garda de dire mot au sujet de cette étrange rencontre.
Plusieurs jours après elle retourna dans la forêt, habillée de la même manière. Elle s'assit sur un tronc mort à l'orée de la foret où elle avait déjà vu le monstre. Au bout de plusieurs heures, celui-ci apparut au loin et s'approcha lentement et demanda de loin.
- Pourquoi es-tu revenue ?
- Je voulais te revoir, tout le monde m'ennuie au village, spécialement Jean. Je trouve que tu es un sujet plus intéressant, de plus c'est calme.
Le monstre couru brutalement vers la fille voulant lui faire peur mais elle ne broncha pas. Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle comme mû par une force invisible et poussa un horrible hurlement de rage et retourna dans la foret en courant.
Rose n'avait pas compris ce qui c'était passé mais revint tous les jours dans la forêt. À chaque fois qu'elle voyait le monstre, il répétait son manège. Un jour le monstre vint en marchant et s'assit en face de la fillette. Il en avait marre. Marre d'essayer d'effrayer une fille qui n'avait peur de rien
- Comment t'appelles-tu ?
- Je m'appelle Rose.
- Je suis Lucius. Je suis vieux. Très vieux. Plus vieux que chacun des arbres ici. Pourquoi reviens-tu ?
- J'ai trouvé tes tentatives de me faire peur divertissantes.
Le monstre regarda la fille d'un nouvel angle et se mit à rire bruyamment.
- On ne me l'avait jamais faite celle là. Je t'aime bien toi. Aller, je vais te raconter mon histoire. J'ai traversé plusieurs centaines de saisons. Des druides, il y a bien longtemps, ont tissé un enchantement autour de moi pour que je sois lié à cette foret. Je dois m'en occuper, sans elle je serais déjà mort. C'est un don et une malédiction. J'adore m'en occuper mais plus les saisons passent, plus je me lasse de tes semblables et leur stupidité. Et toi petite ? C'est quoi ton histoire ?
- Moi ? Rien d'intéressant.
- Il y a forcement quelque chose.
- Si tu y tiens. Je suis l'unique fille issue d'une ligné de marchand. J'ai plus de connaissance que mon tuteur et donc j'ai le droit de faire ce que je veux. Plus tard je devrai reprendre le commerce de mon père ce dont je n'ai aucune envie.
- Je parie que tu ne connais rien de la foret. Aller viens, je t'emmène faire un tour. De plus, cela fait une éternité que je n'ai pas eu un compagnon avec qui discuter.
- Cela s'entend.
Rose éclata de rire. Lucius lui apprit chaque jour différentes choses sur la foret et elle l'aidait à mieux s'exprimer.
Plusieurs semaines après, un noble des alentours envoya des soldats pour essayer une énième fois de vider la foret du monstre et en prendre possession. Rose ne vit pas les affrontements et lorsqu'elle arriva Lucius les avait tous brutalement tué. Il avait été transpercé d'une lance mais ne semblait pas s'en inquiéter ni en souffrir. La blessure se referma d'elle-même trois jours après. Intriguée, la fille demanda des détails.
- Tu étais blessé ?
- Je guéris toujours. Jamais une blessure physique pourra avoir raison de moi.
- Pourquoi ?
- La Magie. La Magie de la forêt. La Magie en moi. Ces Magies sont liés.
- Tu veux dire que tant que tu vivras la forêt vivra, et que tant que la forêt vivra, tu vivras ?
- Oui.
- Seul une blessure morale pourra avoir raison de moi.
- Comment cela ?
- Je ne peux te le dire, je ne le sais pas. Un vieux mage a modifié mon enchantement pour me permettre de mourir après qu'il ai eu pitié de moi il y a bien longtemps. J'ai souvent cherché mais je ne sais pas. Cela arrivera sûrement un jour.
Les journées que Rose passaient dans la foret intriguaient les habitants du village mais comme la fille avait toujours été une originale, ils ne firent pas de remarque. Excepté pour un jeune garçon dénommé Jean, de quelques années l'ainé de la jeune fille, qui avait décidé que celle ci serait sa femme non pas pour amour mais par convoitise de sa fortune. Il lui menait la vie dure et elle avait toutes les raisons de ne pas vouloir de lui. C'était pourquoi elle préférait passer ses journées dans le bois. Ce jeune homme, un jour, d'humeur belliqueuse, décida de suivre Rose. Il découvrit l'amitié de celle-ci avec le monstre et, bien qu'il tremblait de peur, devint immédiatement jaloux et fou de rage. Mais il avait un plan pour forcer la main de la jeune fille et ainsi sceller son avenir. Jean l'intercepta sur le chemin du retour en étant sûr de lui.
- Femme ! J'ai découvert ton secret ! Si tu ne veux pas que je le révèle au village, jure-moi de m'épouser et aussi que tu n'iras plus jamais voir le monstre, que tu ne l'aimeras plus et que tu le détesteras. Nous nous ferons marier demain.
- Je refuse. Je refuse parce que tu ne penses qu'à faire du mal, parce que, celui que tu nommes le monstre, s'appelle Lucius est que c'est mon amis. Jamais je ne serais ta femme. Je préfèrerais plutôt mourir que de passer quelques heures avec toi.
Jean fut transpercé au coeur par cette tirade et hurla de rage.
Elle voulait retourner vers l'intérieur de la foret mais il lui attrapa le bras et se mit à la battre. Elle cria et appela le monstre à l'aide mais il tardait à venir. Il lui infligeait des coups de plus en plus fort. Le temps semblait très long, comme figé. Aveuglée par la douleur, elle perdit l'esprit. Le courage lui revint et elle attrapa une pierre et frappa son attaquant avec. Il tomba sur l'effet de la surprise. De rage, la fille lui assena coup sur coup sur le crâne jusqu'à que son corps arrête de tressaillir.
Quand Lucius arriva, une dizaine de minutes après, le corps de Jean refroidissait.
- Toi! Tu as tué dans la foret ! Pourquoi ? Non ! Pourquoi ? Pourquoi ?! Cours Rose ! Cours ! Ne t'arrête jamais !
Il fut pris par des convulsions et essaya de se calmer. Il tenta de se retenir. Il ne voulait pas agir. Il ne voulait pas la tuer. Il savait qu'elle n'avait fait que se défendre, qu'elle n'avait pas eu d'autres choix mais le sortilège le força à agir. La fille qui venait de comprendre son erreur resta sur place et affronta la mort. Elle eu même le sourire au visage, elle savait que rien ne pouvait empêcher la bête d'agir à l'encontre de son sortilège. Cette mort lui semblait plus juste, plus belle que n'importe quelle autre façon de mourir. Le monstre, lui, était comme possédé. Au début interloqué par le sourire de la fille il avait failli reprendre contrôle mais la Magie l'emporta. Il se voyait agir comme suspendu par des fils, dirigé comme une marionnette. Se voyant massacrer impitoyablement Rose, le choc émotionnel lui fut tellement fort qu'il en perdit connaissance.
Quand ses esprit lui revinrent, les deux corps étaient froids. Lucius pleura. Il venait de tuer son amie par la faute d'un abruti. D'un abruti qui ne voulait qu'a la fortune de son amie. Les humains étaient vraiment détestables. Il rugit de tristesse. Il prit les deux corps et les ramena au village tout en ne pouvant s'arrêter de pleurer. Les villageois, à la vue du monstre portant les deux corps, s'armèrent et envoyèrent des flèches se ficher dans le corps de celui ci. Elles le frappaient mais il continuait à marcher sans sembler en être affecté, il était comme invincible. Il fallut une cinquantaine de flèches pour parvenir à le faire plier genoux. Il déposa Rose et s'agenouilla devant. Sa mort l'attendait. L'enchantement avait été rompu. Rompu car il avait perdu une amie. Perdu une amie qui n'avait fait que se défendre, qui n'avait fait que survivre.
L'ironie du sort.
Epilogue.
Un homme est repassé à l'endroit où se trouvait ce village. Je dis bien trouvait : il n'y a désormais plus que quelques murs enveloppés de brume et pas un seul arbre aux alentours. L'endroit semblait comme hanté, nimbé d'une telle tristesse qu'elle en était suffocante. Il y avait plusieurs stèles dans ce qui semblait être les restes du cimetière. Une seule était lisible. Il y avait écrit ceci :
"Rose & Jean, amoureux, morts ensemble tués par le monstre de la forêt."